Bucéphale et Alexandre

Publié le par Marjolaine PAUCHET

Bonjour à tous. Je vous invite à découvrir en avant première les trois premiers chapitres de mon roman pour enfants (à partir de 11 ans). Ce roman est encore en cours d'écriture mais les 3 chapitres ci-dessous sont déjà copyrightés. Le fait que le roman soit en cours d'écriture implique que la correction orthographique par un professionnel n'a pas encore été faite. Je m'excuse donc par avance de toutes les fautes d'orthographe, de grammaire et autres qui n'ont pas manqué de s'y glisser. Enfin, la version finale sera sans doute légèrement différente.

Nombre de chapitres achevés : 15

Date de sortie espérée : 2017

Bonne lecture.

 

Bucéphale et Alexandre

Une amitié interdite

 

Chapitre 1

   

    Quelque part en Provence, au milieu des oliviers en fleurs et des champs violacés aux senteurs de lavande ; sous le chant des cigales, se dresse la propriété de Monsieur Philippe Lebig et de sa femme Olympe, éleveurs de taureaux de corridas.

    Le corps de ferme contient la maison principale : un magnifique mas qui monte sur deux étages. Les murs sont couleur ocre, le toit en tuiles anciennes et les montures de portes et de fenêtres, blanchies à la chaux, sont finement rayées. La dépendance attenante a conservée ses murs de pierres bien qu'ayant été récemment restaurée. Elle sert tantôt aux amis et à la famille de passage, tantôt aux toreros que les Lebig hébergent parfois. Le dernier bâtiment ne sert plus à grand chose. Une simple grange dans laquelle, bien à l'abri, Vadrouille, la chienne terre-neuve, aime dormir. Le sol de la cour est en dalles de terre cuite.

    A une centaine de mètres sur la gauche, un grand hangarpermet de stocker le matériel de l'exploitation et de mettre les vaches en attente de vêlage.

    Face au hangar, un petit pré de cent mètres carrés à peine pour les taureaux qui ont été vendus et vont bientôt partir à l'arène.

    Tout autour, sur sept hectar, des champs et de jeunes taureaux.

    Alexandre Lebig a neuf ans. Châtain, les yeux bruns, il est bon élève, adore le français et l'histoire mais surtout, comme son père, il est passionné par les taureaux et rêve d'ailleurs de reprendre l'exploitation familiale. Bien sûre il aime aussi les jeux vidéos, surtout avec Didier, son meilleur copain mais ce qu'il préfère par-dessus tout, c'est aller avec Vadrouille aider son père à s'occuper des animaux.

    Les taureaux, il les voit jusque dans ses rêves, leur stature superbe, leur souffle puissant, leur robe noire, leurs cornes. Et puis, tout ce qu'il sait d'eux, c'est son père qui lui a appris et passer du temps avec cet homme qu'il vénère, ça n'a pas de prix.

    Quand il rentre de l'école, il retrouve Vadrouille, pose son cartable et file avec sa fidèle amie aider sur l'exploitation. Les devoirs, il les fait le soir, avant d'aller dormir pour que ses leçons imprègnent bien sa mémoire pendant la nuit. Justement, aujourd'hui 6 mars, Alexandre est pressé de rentrer de l'école. C'est la période du vêlage et aucune des douze vaches de l'exploitation n'a encore mis bas. Vadrouille quant à elle ne se dépêche pas pour une fois. Il fait beau après des jours de mauvais temps et la chienne en a profité pour courir et se dépenser toute la journée. Epuisée, elle regarde son maître de ses grands yeux noirs. Il l'appelle, lui fait signe, tape sur sa cuisse à plusieurs reprises pour lui faire comprendre qu'il l'attend. Elle se lève mais n'est visiblement pas disposée à se presser. Qu' à cela ne tienne, Alexandre veut voir si les vaches ont vêlé. Il laisse là sa chienne et court. Mais quand il arrive dans le hangar, elles sont toutes tranquilles, auncun veau n'est suspendu à un pis, auncun.

    Son père est en train d'en soigner une qui boîte justement.

"_ Dis papa, qu'est-ce qu'elles ont les vaches ? Elles devraient déjà avoir fait leurs petits, non ?

_ Pas forcément, c'est la nature, il faut parfois attendre."

    Alexandre, déçu, sait que son père a raison mais comme chaque année, il a hâte de découvrir les veaux. Il fait le tour de chacune, Pequena, la petite, a le ventre si gros, les pis si distendus qu'elle va probablement mettre bas d'un jour à l'autre. Josetta, tranquille, rumine, ses mamelles à peine plus grosses que d'habitude. Asuncion, Amada, Felicidad, Dolores, la Salvacion, la Madre, toutes calmes, paisibles. Si ce n'est leur gros ventre et parfois leurs pis, rien ne trahit la proximité de leur vêlage. Alexandre soupire tandis que Vadrouille arrive enfin. " Tu y crois, toi ?" lance le garçon à son amie. Dépité, il aide son père à soigner Felicidad, à ranger la pomade qu'il a fallu appliquer puis à les nourrir. Enfin, vers 19h, il rentre chez lui. Mais à peine a-t-il fait dix mètres hors du bâtiment qu'il entend un grand beuglement.

    Il retourne en courant voir les vaches.

"_ C'est pour ce soir, lui annonce alors son père.

_ La Pequena ?

_ Ouais."

 

Chapitre 2

 

    Le lendemain soir de l'accouchement de la Pequena, c'est le tour d'Amada et de Felicidad. Le travail de cette dernière commence quand celui de sa consoeur s'achève à peine. En l'espace de dix jours seulement, presque toutes les vaches ont leurs petits. Ne restent que Josetta et la Salvacion. Mais déjà, les petits veaux des autres vaches ravissent Alexandre. Il a beau être habitué à leur petit mufle mouillé, à leurs pattes malhabiles et chancelantes, à leurs grands yeux et à leur soif presque insassiable de lait, il a toutes les peines du monde à tenter de rester impassible. L'un est baie, un autre semble presque albinos tant il est clair. Ses parents cependant ont tous les deux une robe sombre. C'est alors que la Salvacion a ses premières contractions. Ses flancs se serrent, elle tire la tête et le cou en avant, un souffle long sort de ses narines tandis qu'elle écarquille les yeux. Elle beugle, enfin, comme si ce cri qu'elle ne peut pourtant pas retenir pouvait la soulager. Il est 18h, nous sommes samedi, Alexandre est auprès de son père pour l'aider à faire vêler la vache. Vadrouille est là aussi. Tranquille, elle qui ne donnera jamais la vie a vu des dizaines de veaux venir au monde. Elle se pose à quelques mètres et attend. L'enfant, lui, va carresser le mufle de la vache et lui parle doucement pour la rassurer.  "Tu es belle, n'es pas peur, chuuut, n'est pas peur..." Ce n'est pas la première fois qu'elle met bas mais Alexandre la sent plus agitée qu'elle ne devrait. "Tu crois qu'elle a mal ?" interroge-t-il son père. Mais celui-ci ne répond pas. "Viens masser son ventre pour l'aider." demande-il à son fils qui s'exécute.

    2h58 du matin, le veau est là. Magnifique. Philippe le frotte avec de la paille puis le présente à la Salvacion qui le lèche avec tout l'amour d'une mère et le laisse téter. C'est un mâle. Il est si beau qu'Alexandre en oublie sa fatigue, noir de jais, les yeux de la même couleur que son pelage, perdus au milieu de ce noir infini mais scintillant comme deux joyaux. La respiration encore un peu hésitante, les pattes tremblantes, il est debout.

    La tête, parfaite, trahit déjà le spelndide taureau qu'il sera un jour. Alexandre, sous le charme du nouveau-né demande à son père s'il peut le baptiser.

"_ Non, répond ce dernier, un taureau de corrida doit avoir un nom espagnol et tu n'en connais pas.

_ S'il te plaît, insiste le fils, qu'est-ce que ça change que son nom soit espagnol ou pas ?

_ C'est la tradition.

_ S'il-te-plaît..."

    Après un moment d'hésitation pendant lequel Philippe a vu dans les yeux de son garçon une volonté et une supplique qu'il n'y avait encore jamais vu, il cède. Alexandre, ravi, murmure alors à l'oreille du petit veau, "tu as la plus belle tête que j'ai jamais vu, tu t'appèleras Bucéphale. Cela veut dire tête de taureau."

     Le père et le fils regardent encore quelques instants le petit téter puis laissent la Salvacion et lui faire connaissance et partent se coucher.

    Cependant, dans son lit, bien que la journée et la soirée fussent longues, le jeune garçon, encore sous le charme du petit être qui vient de naître a beaucoup de mal à trouver le sommeil. Il repense sans cesse à ses yeux noirs magnifiques, à son odeur douce, à la forme parfaite de sa tête et ne parvient à s'endormir que pour mieux rêver du majestueux taureau que Bucéphale deviendra un jour.  

 

 

Chapitre 3

    Le temps a passé. Les grandes vacances commencent et Bucéphale, maintenant au champ avec sa mère, tout comme les autres veaux de l'année, s'enhardit chaque jour d'avantage. Le pré est immense, un des plus grands et des plus beaux de la propriété. Les terrasses et les pentes douces alternes. Partout de la bonne herbe verte, agrémentée ça et là de quelques bosquets d'arbres et de quelques buissons de paciflores, de ronces ou d'aubépines. Deux points d'eau, l'un central, l'autre caché par trois arbres en bordure de terrain sont disposés dans le pré, ainsi que trois mangeoires, placées à égale distance les unes des autres de manière à couvrir au mieux l'espace.

    Chaque jour, Alexandre vient jouer avec Bucéphale aussi longtemps qu'il le peut.

    Il entre dans le champ, le veau accourt, réclame des caresses sur le mufle et le jeune garçon, pendant qu'il s'exécute, en profite pour lui dire "comme tu es beau, comme tu es beau mon veau ! Un Jour, tu verras, tu seras le plus beau des taureaux."

    Vadrouille les rejoint alors, réclamant sa part de tendresses. Elle lui fait la fête, ils se roulent par terre dans un rire qu'entendent tous les habitants du pré puis se relèvent. Tous trois, enfin, jouent, le garçon courant après le petit herbivore, le petit herbivore courant après le garçon et Vadrouille, toujours là, sautant, aboyant de joie et courant après l'un et l'autre.

    Parfois, Alexandre amène un ballon et voilà la plus curieuse équipe de foot qui n'ait jamais existée, chacun des trois amis essayant de le prendre et de se le garder pour lui. Lorsque Bucéphale, enfin, s'accapare la balle et que l'enfant tente de lui piquer, l'animal, autant par instinct que par jeu, baisse la tête dans une attitude de défiance, l'air de vouloir charger. Mais Alexandre ne s'y trompe pas. Il sait que son ami, jamais ne lui fera du mal. Il feinte, fait mine d'aller à gauche, à droite, le veau se laisse avoir et perd le ballon.

    Philippe qui observe la scène de loin avec sa femme lui dit alors :

" _ Il fera un très beau taureau, une très belle corrida.

_ Tu f'rais mieux d'y préparer Alex, il a l'air de croire qu'ça durera toujours.

_ Pas besoin, il s'est déjà attaché, il en a déjà vu partir. Il sera heureux de voir le taureau dans une arène.

_ C'est vrai que ce n'est pas comme s'il ne connaissait pas la suite mais..."

    La voix d'Olympe s'éteint avant la fin de sa phrase, convaincue par les arguments de son mari.

 

    Dans le pré, à cet instant, personne ne pense à cela. Pour tous, l'heure est au jeu et à la joie d'être ensemble, sous l'oeil bienveillant de la Salvacion.

    Parfois encore, se sont des parties de cache-cache qui se jouent dans le champ. Alexandre et Bucéphale se cachent à tour de rôle, Vadrouille utilisant son flaire pour les débusquer, trahissant la cachette dans un buisson, un bosquet ou bien leurrant le garçon en lui indiquant l'emplacement d'un autre veau. Lorsque c'est à l'enfant de se dissimuler, le petit bovin cherche un instant puis, de la peur d'avoir perdu son ami naît le beuglement déchirant, implorant, de l'être qui se retrouverait seul au monde, plus appitoyant encore qu'il s'agit de l'appel incertain d'un jeune animal. Le chien et le jeune maître se précipitent, le coeur brisé par le cri, oubliant le jeu. Et Bucéphale, à leur vue, saute de joie, se rue, se cabre, danse, enfin, dans un fou rire général. Cache-cahce reprend, la comédie aussi.

    Chaque soir de cet été magique, qu'il est dur pour Alexandre de quitter la prairie pour aller manger et se coucher, il faudrait que le jour ne finisse jamais ! Mais par bonheur, chaque lendemain est pareil aux précédents, plein de jeux et de rires, sous l'oeil attentif de la Salvacion et de Philippe Lebig.

Commenter cet article

Tiamaraa 18/11/2015 06:48

Jolie histoire !

Marjolaine PAUCHET 19/11/2015 09:57

Merci beaucoup !

Rebecca G. 09/11/2015 10:42

Joli début. J'attends la suite... (même s'il me semble avoir une petite idée sur ce qui va se passer...) Bonne journée. Bisous.

Marjolaine PAUCHET 19/11/2015 09:56

Merci beaucoup. L'histoire dans ma tête est bien plus claire et bien plus nette que celle de mon autre roman pour lequel je n'ai que la trame générale. J'espère donc pouvoir avancer celui-là largement et peut-être le finir assez vite (vite étant évidemment une notion relative ;-)).

Rebecca G. 17/11/2015 22:45

Oui, je viens de la lire... C'est très poétique mais cela laisse supposer une suite moins tendre... :( Je trouve que c'est une belle histoire pour les enfants, pour les sensibiliser aux problèmes des corridas. Ton livre est une bonne idée. Bonne continuation...

Marjolaine PAUCHET 11/11/2015 08:41

Voilà, la suite est en ligne

La petite blonde 08/11/2015 21:24

J'adore !

Marjolaine PAUCHET 09/11/2015 10:02

Merci. Je mettrai la suite en ligne demain.